TeKnIvAl MeLuN 1998

Publié le par reg

Melun - Libération - 04 Mai 1998
Pluie Acid en Seine et Marne. Délire Transcore et pieds dans la boue pour la rave Teknival.
"
Tout droit pendant trois kilomètres et puis à droite dans le bois. Vous pouvez pas la rater, il y a les flics pour montrer le chemin. "

Treillis et catogan, un traveller souriant accoudé à son camion en plein centre des Ecrennes (Seine et Marne) indique la direction aux centaines de voitures, camions et apparentés, qui ont parfois traversé la France pour faire la fête gratuitement en pleine nature. La gendarmerie, débordée, laisse faire. Le Teknival du 1er Mai est devenu une tradition que les ravers les plus radicaux attendent dès janvier. Celui de l'année dernière, en Normandie, avait rassemblé près de 15 000 personnes pendant cinq jours.

Cette année, dans une vaste clairière au fond de la forêt de Villefermoy rendue marécageuse par les récentes intempéries, ils étaient plusieurs milliers dès vendredi à monter les sound-systems, les tentes de camping et les différents stands (Coca, bière, thé, crèpes, et ballons de protoxyde d'azode, à l'effet euphorisant garanti). Les Anglais font preuve de la meilleure organisation: espace couvert, bâches sur le dance-floor, petits plats chauds. Les Spiral Tribes sont comme toujours les rois de la fête. Ces nomades techno, sur la route en famille depuis plus de dix ans, ont été les pionniers des raves clandestines au Royaume-Uni jusqu'à l'interdiction ferme en 1994. Cette fois-ci, ils ont installé trois sites différents, les plus grands, les plus décorés et les mieux sonorisés du rassemblement. Autour d'eux, une vingtaine de sound-systems français, parfois très pros, le plus souvent loués la veille chez Kiloutou après des mois d'entraînement au mixage dans le garage de papa.

Goût de glaise. Tout un village s'est construit en quelques heures, quelque part entre bidonville, Woodstock et camping municipal. Ses habitants circulent d'un bout à l'autre en trébuchant régulièrement dans les flaques d'eau, chaussures et pantalons maculés de boue, à la recherche d'un feu de bois ou d'un dancefloor praticable. Quelques-uns se retrouvent, beaucoup se perdent.

Avec la nuit, les repères se brouillent: des éclats de lumière montent jusqu'aux nuages et les sons se mélangent en un maelström de basses, tel un coeur au bord de l'infarctus parfois lacéré de "bleeps" acides. Transcore et hardcore dominent: ici pas de quartier pour les amateurs de house. Le plaisir de danser dans les flaques laisse vite place au découragement tant la glaise colle aux chaussures. Du coup, on lie connaissance autour d'un thé. Dreadlocks et piercing, Gilles raconte son itinéraire: " Je viens du Sud. J'ai tenu une épicerie pendant deux ans. Maintenant, je ne fais plus grand-chose. Je lis beaucoup et j'essaie de populariser le billard népalais, auquel on ne peut jouer que si on est cool ". Parfois, les rencontres sont moins folkloriques. Tremblant de froid, l'air hagard, un garçon demande la direction du métro Bastille. Pour lui, ce sera plutôt direction Médecins du monde, qui tiennent une tente de prévention et de chill-out (repos). Outre l'accueil, la Mission rave de l'association analyse le contenu des ecstasys qu'on leur apporte, et offre boules Quiès, eau et plaquettes de prévention sur l'usage des drogues. A l'autre bout de la fête, Techno Plus et Asud (association d'autosupport pour les usagers d'héroïne) distribuent seringues propres, fruits et préservatifs. Les ravers apprécient la présence de ces postes de secours qui ne font pas la morale. Plus la nuit avance, plus leurs chill-out ont du succès.

Vers cinq heure du matin, quand la pluie joue les trouble-fête, on se réfugie dans les tentes et les voitures. Pour les moins résistants, il est temps de prendre le chemin du retour. Underground d'accord, mais les pieds au chaud.

Alexis Bernier et Sarah De Haro.

Meulun

 

Publié dans TeKOs

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